« Je n'empêche pas un érémiste d'être maire d'Orléans ! ». Serge Grouard est vraiment à court d’argument. Du strict point de vue légal,
les indemnités qu’il s’octroie avec générosité n’ont rien de choquant. Pourquoi alors, faire appel (dans La République du Centre du 30 mai 2008) à des arguments aux minables, aussi bas,
aussi désobligeants, aussi condescendants pour justifier cette décision. Aurait-il honte ? Serait-il gêné aux entournures du portefeuille ? La solution est donc simple : érémistes de toutes les
pays, pour vous sortir de votre galère, devenez maire d’Orléans. Une proposition qui en dit long : faire de la politique serait d’abord motivé par… l’appât du gain. Voila qui a le mérite d’être
clair.
Pour le député-maire d’Orléans, le niveau d’indemnité des élus serait également une question de compétences. Selon quelle grille d’évaluation ? Le normalien Jean-Pierre Sueur, qui s’était
attribué des indemnités bien inférieures à celles de son successeur serait-il alors moins compétent ?
Depuis l’augmentation faramineuse de ses indemnités dès son arrivée à la mairie en 2001 jusqu’à aujourd’hui, Serge Grouard n’a eu de cesse de mentir sur ce sujet, en particulier durant la campagne électorale.
Au moment où les grands patrons français voient leur revenus augmenter de 58%, sans que cela ne semble émouvoir
l’UMP, Serge Grouard devrait être capable d’assumer totalement ses choix sans être obligé de se laisser aller au mensonge et à la calomnie envers nos concitoyens qui n’ont pas choisi
d’être érémistes ! A l’indécence d’une utilisation exagérée – même si elle est légale – des deniers publics, Serge Grouard ajoute l’indécence verbale.
Pendant sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy a écrit le 16 avril 2007 à des associations de rapatriés
d’Algérie qu’il souhaitait « …que les victimes françaises innocentes de cette guerre, jusqu’à l’indépendance, et, tout particulièrement, les victimes du 26 mars 1962, se voient reconnaître la
qualité de "Mort pour la France" et que leurs noms figurent sur une stèle officielle afin que personne n’oublie ces épisodes douloureux ».
L’annonce pourrait passer pour anodine si l’on ne sait pas ce qu’évoque cette date. Trois jours plus tôt, le 23 mars à Alger, des membres du groupe terroriste « organisation armée secrète » (OAS) tirent sur un camion de jeunes appelés du contingent. Bilan : sept morts et quatorze
blessés. L’armée boucle le quartier de Bab et Oued où s’est produit l’attentat pour en reprendre le contrôle. Bilan : quinze tués et 77 blessés parmi les forces de l’ordre.

Renverser la République. Une semaine après le cessez-le-feu en Algérie, le matin de 26 mars, l’OAS, dans un tract assure
que « les Algérois…s’opposeront jusqu’au bout, à l’oppression sanguinaire du pouvoir fasciste ». Le préfet de police, en accord avec le commandement militaire diffuse une interdiction de
manifester et met en garde la population : « Les mots d’ordre de ce genre ont un caractère insurrectionnel marqué ». La répression, l’après-midi même rue d'Isly se solde par
cinquante morts et deux cents blessés.
Ce sont ces victimes là – dont beaucoup de membres de l’OAS - que le président de la République entend désormais honorer. Ce qui reviendrait – ni plus, ni moins – à réhabiliter les militants
d’une organisation terroriste et raciste qui a tenté de tuer le chef de l’Etat et de renverser la République. Nicolas Sarkozy avait donné le ton en dénigrant une certaine propension de nos
contemporains à la repentance… Dans un discours prononcé en Algérie le 17 avril 2007, le président de la République a déclaré : « Ici, on n’aime pas la repentance, cette mode exécrable
qui veut faire expier aux fils les fautes supposées de leurs pères. Ici on n’aime pas la repentance qui est un dénigrement systématique de la France et de son histoire. Je déteste cette
repentance qui est une forme de la détestation de soi parce que l’on n’a qu’un pays. Le détester c’est se détester soi-même ».
Réviser l'histoire. Aujourd’hui, à en croire les nombreux sites consacrés à cet événement, des groupes
nostalgiques de l’Algérie française – parfois liés aux milieux intégristes - tentent de réviser l’histoire. En mars 2006, ils ont déjà obtenu du président Chirac l’autorisation de raviver la
Flamme du souvenir sous l’Arc de Triomphe en mémoire des victimes de la rue d’Isly. Un droit obtenu, selon l’association des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, par « deux associations majoritairement composées d’anciens militaires factieux ». Un droit
confirmé par Nicolas Sarkozy qui s’apprête à l’amplifier encore.
Reste à savoir si Jean-Marie Bockel, l'ancien socialiste devenu « gauche moderne » et aujourd'hui secrétaire d'Etat aux Anciens commbattants le suivra sur cette pente dangereuse.
>> En savoir plus sur les événements du 26 mars 1962
On dirait une session de
rattrapage. Absent des fêtes de Jeanne d’Arc 2008 comme l’aurait voulu une certaine tradition, le président de la République vient faire une visite éclair à Orléans ce mardi 20
mai. L’idée circulait déjà –avec délectation - dans les rangs des lycéens grévistes rassemblés près de la cathédrale jeudi 15 mai. Au menu : un discours au Zénith sur les suites du Grenelle
de l’Environnement.
Finalement, Serge Grouard n’y perd pas au change. Nicolas Sarkozy vient en quelque sorte adouber le député-maire d’Orléans dans un de ses domaines de prédilection : le développement durable,
à l’occasion des journées du même nom organisées dans la capitale régionale. Qui disait que Serge Grouard n’était pas dans les meilleurs termes avec le président de la République ? On
pourrait suggérer au maire d’Orléans de profiter de ce réchauffement politique pour lui faire part directement des améliorations qu’il souhaite apporter au projet de loi sur les OGM.
Certains trouveront que nous n’inventons
rien. Mais à l’heure où une certaine droite tente de remettre en cause jusqu’à certains acquis de la Révolution française, il n’est pas inutile - il est même salutaire - de
rappeler haut et fort certains idéaux et autres convictions. C’est ce que fait le Parti socialiste avec sa « déclaration de principes » qu’il remet en débat (la version actuelle date de
1990) dans le cadres des travaux préparatoires au Congrès qui se tiendra à Reims (dont Adeline Hazan est le nouveau maire) les 14, 15 et 16 novembre prochains.
On y constate sans ambigüité, pour ceux qui en douteraient encore, que la droite et la gauche, ça n’est pas la même chose. Nous n’avons pas les mêmes valeurs !
Déclinée abondamment dans texte, la préoccupation écologique fait son entrée en force dans les principes fondamentaux du parti socialiste. On ne peut qu’applaudir à cette prise de conscience –
tardive certes si l’on repense aux combats homériques d’un René Dumont dans les années 70 – mais ô combien indispensable, tant le développement durable est à la fois incompatible avec la loi du
plus fort qu’impose le libéralisme et indissociable de notre projet pour l’Homme.
Monde manichéen. Mais surtout, avec ce texte, le PS affirme plus clairement que jamais sa dimension réformiste. « Le
Parti socialiste est un parti républicain », « laïque », « réformiste ». Exit les « espérances révolutionnaires » au service desquelles se trouve, dans le texte de 1990, « le
réformisme ». Je m’en réjouis. Je ne pense pas, en effet, que l‘on puisse décréter le bonheur pour tous de manière unilatérale et autoritaire. L’histoire est jonchée des cadavres de ceux
qui, au lendemain d’une révolution violente (elles le sont toujours à quelques exceptions près), ont été les victimes d’une vision aussi radicale du progrès humain. Que l’on se souvienne,
par antithèse, du sort réservé à Allende au Chili. Les Etats-Unis étaient plus effrayés par l’arrivée au pouvoir, par la voie démocratique, d’un gouvernement réformateur de gauche que par
tel putsch communiste qui ne faisait en fait que renforcer leur propre radicalisme, tandis que la démocratie chilienne venait déstabiliser un monde manichéen.
Comme je l’ai écrit dans un article à propos du retour de Martine
Aubry, je crois profondément que nous devons avoir « la volonté de transformer profondément notre société pour la rendre plus libre, plus juste,
plus fraternelle mais dans le respect de toutes celles et ceux qui sont concernés par les réformes et avec eux ».
Si nous voulons que le message du parti socialiste soit clair et entendu, qu’il rassemble, il est temps qu’il assume totalement son identité réformiste et qu’il range dans les rayons de son passé
glorieux les grands – mais inefficaces – discours sur la rupture.
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