Jeudi 25 août 2005

C’est comme un vieux refrain usé. Régulièrement, quand il n’a pas grand chose à proposer d’autre, il y a un ministre de l’Education nationale sort de son chapeau l’introduction de La Marseillaise à l’école. Comme un remède miracle à toutes les faiblesses de notre système éducatif. Pour un peu, on en ferait bien le seul point au programme du cours d’instruction civique.
Tant pis si l’on ignore parfois les droits les plus élémentaires des élèves à l’école, lieu essentiel d’apprentissage de la démocratie. Avec La Marseillaise à l’école, on va voir ce qu’on va voir, ou plutôt, on va entendre ce qu’on va entendre. Imaginez un peu : de Lille à Marseille, de l’établissement le plus côté à l’école ghetto de ZEP, tous, blacks-blancs-beurs, comme sur la pelouse de Stade de France, entonnant d’une seule voix notre hymne national ! ce sera beau et émouvant. Je le dis tout net : pas question que mes enfants soient ainsi embrigadés. Pas principalement parce que c’est un hymne national (encore que je me méfie, à l’heure de l’Europe, de ces vieux réflexes un tantinet nationalistes) mais à cause des paroles de ce « chant de guerre de l'armée du Rhin ». Chacun les connaît : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » ! Et puis quoi encore ? Pourquoi pas faire la guerre en Irak tant qu’on y est ? Non, pas question de mettre ces paroles guerrières et sanglantes dans la bouche de mes enfants. Si l’on doit apprendre un hymne à nos enfants, choisissons plutôt l’hymne européen, L’Ode à la Joie de Beethoven. <

 
par Pascal Martineau publié dans : Politique nationale
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Samedi 20 août 2005
Ca tournait à l’idolâtrie. Sans doute la mort d’un homme de la stature de Jean-Paul II ne peut-elle pas laisser indifférent. Mais l’émotion sincère, ou même la ferveur qui animaient les catholiques touchés par le décès du pape, a parfois tourné à l’idolâtrie. Certains en étaient à espérer qu’il fût éternel. Dieu quoi ! Ou « demi-dieu » au moins.
D’autant que ce décès tant médiatisé faisait suite à un longue agonie qui a fait les choux gras des tenant d’un christianisme doloriste. Jean-Paul II aurait été un exemple de force morale contre la souffrance. Parce que succomber à la souffrance serait une marque de faiblesse, le signe d’un manque de foi ? Quel exemple que ce pape qui souffre en direct devant les caméras du monde entier ! Et chacun d’y aller de son commentaire sur un sourcil qui bouge, un rictus inhabituel, et même, juste après sa mort, sur la couleur que prenait chaque heure son corps sans vie !
Mais que penser de l’image que donne de notre Eglise ce macabre show médiatique ? Quelle image donnons-nous de notre Eglise quand certains sont tentés par une forme de déification d’un homme choisi, élu par d’autres hommes ? Qui peut croire que depuis quelques mois et encore plus de puis quelques semaines, c’est Jean-Paul II qui gouverne l’Eglise ? On sait l’influence de la Curie romaine sur un pape valide. On peut imaginer ce qu’elle fut sur un homme malade puis agonisant.
D'ombre et de lumière. Certes l’ancien prélat polonais a régné un quart de siècle. Un pontificat qui a marqué durablement l’Eglise et le monde. D’ombre et de lumière. Pèlerin infatigable, promoteur d’une foi joyeuse, Jean-Paul II a parcouru la planète pour y annoncer la Bonne nouvelle, sa bonne nouvelle parfois. Ses discours radicaux sur les méfaits du stalinisme d’une part, du capitalisme sauvage d’autre part, ont donné du baume au cœur à toutes celles et ceux qui se battent chaque jour pour une société plus juste, plus solidaire. Le souverain pontife a aussi pris des intiatives spectaculaires pour favoriser le dialogue entre les religions. Le pape a également joué un rôle indéniable dans la chute des régimes totalitaires de l’est de l’Europe. Chacun, enfin garde en mémoire cette image particulièrement prégnante de l’évêque de Rome s’entretenant intimement avec l’homme qui avait tenté de l’assassiné.
Mais, dans le même temps, le souverain pontife entretenait avec un homme comme l’ex général-dictateur Pinochet des relations plus qu’ambiguës. Il a aussi ponctué ses prises de paroles et ses nombreux écrits de considérations, voire d’injonctions, morales qui ont choqué nombre de nos contemporains. Sur l’avortement – ou même seulement de la contraception -, les divorcés remariés, ou encore l’homosexualité. Comment, s’agissant de l’avortement et de la contraception, accepter, au 20e siècle, qu’une Eglise dominée et dirigée pars des hommes, tienne un tel discours officiel sur un des aspects les plus intimes, les plus existentiels de la vie des femmes ? Qui peut croire qu’une femme comme Simone Veil, rescapée d’Auschwitz, n’a pas présenté sa loi sur l’avortement, animée par un sens moral aigu et une haute idée de l’être humain ? Quelle est la cohérence morale d’un discours qui condamne sans détour l’avortement et l’euthanasie mais tolère – jusque dans le catéchisme – l’idée même, totalement antichrétienne –« Tu ne tueras point » - de peine de mort ?
J’ai un jour interviewé l’abbé Pierre qui rentrait d’un pays d’Amérique latine où il avait rencontré un prêtre qui vivait dans un de ces innombrables bidonvilles qui existent sur ce continent. Le prêtre, confronté au quotidien aux grossesses imposées et au sida, avait dit en substance à l’abbé Pierre : « Quand vous verrez le Saint-Père, dites lui, qu’ici, ça ne passe pas, ça ne peut pas marcher » ! Chacun sait combien l’intransigeance papale à l’égard de tout moyen de contraception, y compris le préservatif, continue d’être mal perçue dans la pays pauvres, et en Afrique en particulier, continent ravagé par le sida.

Renouveau charismatique. Pour le militant d’action catholique que je suis enfin, la théologie « rigide » de Jean-Paul II a eu très souvent tendance à réduire le souffle si frais et si bouleversant du Concile de Vatican II. La place accordée au Vatican et dans les nominations d’évêques à l’Opus Dei ont eu raison de quelques-uns des espoirs nés avec Jean XXIII et Vatican II. La promotion – relayée par de nombreux évêques – du renouveau charismatique n’a en rien stoppé la désertification de nos églises. Elle a, la plupart du temps, incité nombre de chrétiens à une repli sur eux-mêmes, quand nous sommes appelés à être « au cœur du monde ».
Il faudra bien, un jour – au moment où j’écris ses lignes, le successeur de Jean-Paul II n’a pas été élu – réfléchir aux réformes à engager, pour donner de notre Eglise un image plus moderne, plus attentive à toutes les souffrances de note monde, pour la rendre plus démocratique, pour que les femmes puissent y exercer des responsabilités à égalité avec les hommes. Il nous faudra parler, sans honte, de l’ordination d’hommes et de femmes mariés, et sans hypocrisie de la sexualité des prêtres.
Sans doute le nouveau pape, quel qu’il soit, y contribuera. Mais l’Eglise, le peuple des chrétiens, c’est d’abord chacune et chacun de celles et ceux qui se reconnaissent dans la personne du Christ, fils de Dieu. Au delà de l’homme qui, aux yeux du monde en général et des médias en particulier, incarne l’Eglise, l’avenir de celle-ci dépend d’abord de nous. <
par Pascal Martineau publié dans : Eglise et religions
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Jeudi 18 août 2005
C’est un coup dur. Un gros coup dur. Comme à chaque fois que, comme militant, j’ai, avec d’autres, battu la campagne électorale et que la victoire n’est pas au bout de tant d’efforts.
Mais, bien entendu, cette « gueule de bois » électorale ne serait pas grand chose s’il n’était le résultat lui-même : une grande claque. Un sentiment de gâchis. Le sentiment d’avoir manqué un tournant historique.
Quel triste spectacle que de voir, au soir et au lendemain de ce scrutin, Le Pen pavoiser, la presse conservatrice britannique applaudir, et les milieux financiers internationaux se rassurer.
Les partisans du non de gauche, après avoir, avec des mensonges, dérouté une opinion publique déjà fortement déstabilisée, tente aujourd’hui d’accréditer l’idée que ce non massif serait un non à la Constitution. N’ai-je pas entendu, dans une rencontre-débat de l’ACO consacrée à cette Constitution, quelqu’un croire – ou tenter de faire croire ? – que notre propre Constitution de la Ve République serait abolie par la ratification du Traité européen !
 
Une étape siginificative. Pour ma part, toutes les heures passées à distribuer des tracts ou à discuter avec les passant dans la rue, je les ai vécues avec conviction. J’ai, personnellement, fait d’abord et essentiellement campagne, non pas contre le non, mais pour le oui. Parce que, comme militant, comme chrétien, comme père de famille, je crois profondément que cette Constitution marque une étape significative dans l’histoire récente de la construction européenne. Non pas par calcul politicien, par fidélité à telle ou telle écurie, ou pour faire le jeu de je ne sais quel leader socialiste. Non j’ai soutenu ce texte et milité pour, parce qu’il constitue une avancée démocratique, sociale, politique, vers une Europe plus juste et plus solidaire.
 Reste que le « non » l’a emporté. Comme un coup de semonce. Ou un coup de point sur la table. Essayez de taper du poing sur la table et de dire « oui ». Quand on tape du point sur la table, on dit non, instinctivement, naturellement. Nos concitoyens, et les plus pauvres, les plus exploités, les plus perdus, les plus désemparés d’être eux ont voulu, à cette occasion, exprimer leur ras le bol.
D’une certaine manière, c’est, avec un taux de participation encore supérieur, la répétition de la claque prise par la droite aux régionales et, dans une moindre mesure, une réplique du séisme du 21 avril 2002. Le vote était déjà, pour une grande part, un vote de contestation. Que la gauche réunie a su, en avril 2004, transformer en espoir. Le 29 mai, la désunion de la gauche a transformé le ras-le-bol populaire en un coup d’arrêt à la construction européenne.
 
Pas de plan B. Car ceux qui ont osé faire croire que le « non » était le chemin de l’espoir devront assumer cette lourde responsabilité quand les électeurs se rendront compte qu’il n’y a pas de plan B, il n’y a pas, dans des délais raisonnables, de renégociation possible.
J’en arrive à penser que le désarroi des classes populaires est si fort que le non aurait pu l’emporter sans le « non » de gauche. C’est dire si ce « non » populaire n’est pas d’abord un « non » à la Constitution, ni un « non » à l’Europe. Si l’on avait pu organiser deux référendums parallèles, un « pour ou contre la Constitution », l’autre « pour ou contre Chirac-Raffarin », il y a fort à parier que le Traité européen eut été ratifié et Chirac renvoyé en Corrèze.
Au delà, les trois derniers scrutins nationaux organisés en France révèlent une terrible réalité qui prend racine dans une société incapable de juguler le chômage et la précarité : nos concitoyens, dans leur majorité, de plus en plus, votent par désespoir. Un mal vivre qui laisse désemparés de nombreux militants, associatifs, syndicaux, politiques.
 
Le coup du décalage. Dès le soir ou le lendemain de l’élection, les bonnes âmes du « non », Laurent Fabius en tête, qui savent eux, ce qu’est la vraie vie, nous ont fait le coup du décalage. Nous n’aurions pas su écouter. Nous aurions été, nous, partisans du « oui de gauche » sur une autre planète, loin des préoccupations des vrais gens. Tandis que, éclairés par la lumière du « non », étaient sur le terrain. Il savent eux, ce que veut le peuple. Ils savent eux ce qui est bon comme le peuple. Comme quand Laurent Fabius ministre de l’Economie et des Finances réduisait les impôts des classes moyennes et supérieures. Comme quand il manquait les deux voix d’extrême gauche au Parlement européen pour faire adoptée la « Taxe Tobin » pourtant si chère à … ATTAC.
L’erreur n’est pas d’avoir voté oui – « être de gauche, écrit Aurélien Chevallier sur le site « Réformer » de Martine Aubry, ce n’est pas forcément choisir la facilité de la protestation, mais c’est voir loin et agir ensemble pour appliquer des solutions ». Non, si faute il y a, c’est de ne pas avoir mesuré l’ampleur du décalage. Notre campagne, dans sa forme et son intensité, n’était sans doute pas à la hauteur, pas adaptée à ce décalage.
 
Mais sur le fond, si c’était à refaire, je referai campagne pour le « oui ». Car j’ai milité pour le « oui » en conscience. Et j’ai essayé d’expliquer ce texte, de faire partager mes convictions. Si décalage il y a, il n’est pas entre des militants du PS qui seraient déconnectés de la réalité et une classe populaire qui souffre, mais entre une question - oui ou non à la constitution - et la manière dont on y a répondu : non à Chirac-Raffarin, non à la galère, non au lundi de Pentecôte travaillé, non à ma cité ghetto, non à mon salaire qui stagne, non au chômage de mon fils, non au budget de la recherche, non à la loi Fillon, non au non à la Turquie, non à mon numéro sur la liste d’attente des attributions de logement social, non à l’euro que je paie désormais pour chaque consultation médicale, non à l’usine qui ferme… Autant de raisons de râler, de s’insurger, de revendiquer, de manifester. Mais pas de voter « non ».
 
Le Oui de gauche. Le choix du « oui » (je veux dire de faire campagne pour le « oui ») était, à mon, sens, un choix plus courageux, plus conforme en tout cas à l’idée que je me fais, comme socialiste, de la solidarité internationale et de la coopération entre les peuples. Il est plus facile de faire campagne contre avec des discours simplistes voire mensongers, que pour avec des idées progressistes.
Je suis fier d’avoir milité pour le Oui de gauche, avec tous les autres partis socialistes et démocrates sociaux d’Europe, avec la Confédération européenne des syndicats. Je suis fier d’avoir défendu une certaine idée de l’Europe qui a su, après l’horreur des deux guerres mondiales, construire un espace de paix. Je suis fier d’avoir défendu un texte qui constitue un progrès indéniable pour tant d’hommes et de femmes en Europe, à commencer par les plus pauvres d’entre eux. Je suis fier d’avoir dit « oui » aux vingt quatre autres peuples d’Europe, « oui » pour poursuivre l’aventure commencée il y a 50 ans, « oui » à plus de solidarité entre les peuples d’Europe. Pour tout cela, je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi mes convictions socialistes, ni le peuple de gauche.
Je suis fier d’avoir activement participé à une campagne qui a réveillé notre démocratie. Sans doute le choix d’un référendum était-il risqué. Mais tant à l’intérieur du parti d’abord que dans la rue ou les meetings ensuite, le débat avec les citoyens a été passionnant. Bien sûr, certains, sans connaître les engagements de chacun, ou en feignant de ne pas les connaître, voire en les méprisant, nous ont accusé des pires arrière pensées : faire, avec toutes les autres forces progressistes d’Europe, le jeu des ultralibéraux.
 
Il y a, dans le film sur les débuts politiques de Jean Jaurès (Jean-Jaurès, naissance d’un géant de Jean-Daniel Verhaeghe) récemment diffusé à la télévision, une scène qui m’a particulièrement marqué. Elle se déroule au moment de la désignation, par les différentes forces de gauche pour une fois réunies, du candidat de la gauche aux élections législatives pour la circonscription de Carmaux. Le discours de Jaurès est clair : le clivage est entre ceux qui pensent qu’il faut changer l’homme pour changer la société et ceux qui considèrent au contraire qu’il est nécessaire de changer la société pour changer l’homme. Entre les réformistes et les adeptes de la « rupture », j’ai choisi depuis longtemps. Impossible de changer notre société si les hommes et les femmes qui la composent ne sont pas totalement partie prenante. Cela vaut, bien évidemment, pour l’Europe. <
par Pascal Martineau publié dans : Politique nationale
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