Vendredi 28 septembre 2007
5
28
/09
/2007
09:05
Si le cas n’est pas aussi dramatique que celui de familles placées dans une totale détresse, la situation de Sengsoury est cependant
symbolique de l’imbécilité des lois régissant actuellement la délivrance de visas dans notre ex belle terre d’asile.
Orphelin de père (sa mère travaille au Laos), Sengsoury arrive en France en 2001 pour poursuivre ses études après la classe de 3e. Il veut travailler dans l’hôtellerie-restauration. Il s’inscrit au
lycée des métiers Françoise-Dolto d’Olivet. En juin dernier, il obtient son bac pro avec mention. Une attestation de la proviseure de l’établissement dit de Sengsoury qu’il est « un élève
sérieux au comportement sans faille ». L’été dernier, comme son statut d’étudiant lui permet de travailler jusqu’à vingt heures par semaine, il se fait engager comme serveur saisonnier au dans
un restaurant des bords du Loiret. Là encore, le directeur de l’établissement réputé assure que Sengsoury « a donné toute satisfaction dans son travail ».
C'est Ubu. Fort de ces encouragements, le jeune laotien décide de se perfectionner en préparant, toujours au lycée Dolto, en BTS en
alternance. Durant l’été, il signe un contrat de travail avec Disneyland Paris. Las. Le temps de travail qu’il aurait à effectuer dans le cadre de cet emploi en alternance dépasse le maximum
autorisé par son visa d’étudiant. Et la préfecture du Loiret, sollicitée, refuse de lui délivrer un nouveau titre de séjour qui l’autoriserait à travailler le nombre d’heures prévues au contrat.
Renseignements pris auprès de la préfecture : la règle est de ne pas délivrer de titre de séjour « salarié » pour un contrat en alternance ! Pourquoi ? On ne sait pas. C’est comme ça. Et pourtant,
si Sengsoury a souhaité faire cette formation en alternance, c’est aussi pour pouvoir subvenir lui-même à ses moyens : payer un loyer, acquitter des cotisations sociales, etc… Sengsoury e bien
entendu la possibilité d’arrêter ses études et de chercher un emploi à temps plein dans son domaine de prédilection. C’est Ubu. D’autant plus que la préfecture ne manquerait pas alors, d’interroger
la direction départementale du travail sur l’état du marché de l’emploi dans ce secteur. Laquelle donnerait probablement un avis défavorable, compte tenu du grand nombre de demandeurs d’emploi dans
l’hôtellerie – restauration, oubliant le nombre de chefs d’entreprise de ce secteur qui n’arrivent pas à trouver les salariés qualifiés dont ils ont besoin.
Reste que le préfet du Loiret a la possibilité, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, de passer outre la règle qui n’a pas force de loi et l’avis de la direction du travail. Faute de quoi
Sengsoury devra soit trouver un travail moins qualifié que celui auquel il pourrait prétendre avec un BTS, soit voir son nom ajouté à la longue liste des sans-papiers et vivre de petits boulots au
noir, soit encore préparer un BTS sans alternance sans avoir les moyens de vivre, ou, enfin, repartir dans son pays de naissance qui n’est pas, à la voir – et je l’ai rencontré – celui de son
cœur.
Par Pascal Martineau
-
Publié dans : Orléans
0
-
Partager
Derniers Commentaires