Mardi 16 septembre 2008

Pour la traditionnelle cérémonie des baptêmes dans la chapelle Sixtine, Benoît XVI a, en janvier 2008,réhabilité l'un des aspects rituels les plus emblématiques de la messe d'avant Vatican II. (photo AFP)Après avoir donné aux traditionnalistes le droit de célébrer la messe selon un rite antérieur à Vatican II (dans lequel, notamment, les prêtres tournent le dos aux fidèles), Benoît XVI en appelle à une « pacification des esprits » avec les héritiers du schismatique Monseigneur Lefebvre. Comme si, depuis des décennies, c'étaient les franges les plus rétrograde de l'Eglise qui s'en éloignaient !
Petit à petit, dans le sillage de Jean-Paul II (rédempteur officiel du sulfureux Opus Dei), l’Eglise catholique grignote les formidables changements que le Concile de Vatican II avait validés et permis. Pire, droit dans sa soutane, le pape campe sur ses positions les plus rétrogrades : non à la communion des divorcés remariés, non aux unions homosexuelles, non au préservatif, non au mariage des prêtres, non à l’ordination de femmes, etc.
Ce qui ne remplit pas pour autant les églises et les séminaires. Il y a quelques années déjà, on avait tenté de nous faire croire que le succès du Renouveau charismatique allait redonner des forces à l’Eglise. Force est de constater que cette conception d’une vie chrétienne assez repliée sur elle-même plutôt qu’engagée au cœur du monde a fait long feu. La crise des vocations perdure et les assemblées dominicales sont toujours aussi parsemées. La hiérarchie de l’Eglise catholique ressemble de plus en plus à ces groupes minoritaires qui, acculés à une désaffection grandissante, ont plutôt tendance à s’arcbouter sur des dogmes plutôt qu’à ouvrir grandes les fenêtres.

Deux articles anciens que j'ai écrits sur le même sujet :
>> Sexualité : la rigidité morale de l'Eglise
>> Jean-Paul II

par DAZIBAO publié dans : Eglise et religions
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Vendredi 18 janvier 2008
Ainsi, André Fort, l’évêque d’Orléans, soutient la « Marche pour la vie » organisée par le collectif « 30 ans ça suffit – En marche pour la vie » à Paris ce 20 janvier, afin de dénoncer encore et toujours les lois sur l’avortement (La République du Centre du 17 janvier). J’ai déjà dit ici toute l’admiration et le respect que j’ai pour Simone Veil, en particulier pour ce combat qu’elle a mené pour ce droit essentiel pour les femmes, contre vents et marée et sous les insultes et les quolibets de nombreux députés de droite de l’époque. Je réprouve bien entendu le soutien de la hiérarchie catholique à ce type d’initiative. Comme chrétien, je ne suis ni pour ni contre l’avortement, même si cet acte doit relever du choix ultime. Je pense simplement que la loi ne doit pas l’interdire. Il s’agit, pour les personnes qui en font le choix, d’une décision personnelle et intime.
Mais surtout, cette position me semble en totale contradiction avec la doctrine officielle de l’Eglise catholique à propos de la peine de mort. Le Catéchisme de l’Eglise universelle affirme ainsi, dans sa dernière version (1998) : « L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie des êtres humains ». A mes yeux et aux yeux de nombreux opposants à la peine de mort, et même si la suite du texte assortit cette position de quelques bémols, le « Tu ne tueras point » des Dix Commandements ne souffre aucune exception. Aucune. Accepter l’idée même de la peine capitale, c’est remettre en cause une idée fondamentale du christianisme : la Rédemption. Aucun Homme n’a jamais totalement perdu son humanité.
Mais surtout, on ne peut pas d’un côté, dénoncer la « mort » par avortement et d’un autre l’accepter par décision de justice. De la justice des Hommes. C’est incohérent et hypocrite.

Le site d 'Action des chrétiens contre la peine de mort (ACAT)
par Pascal Martineau publié dans : Eglise et religions
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Mardi 30 octobre 2007

Au Vatican le 28 octobre L’Eglise catholique n’en finit pas de se recroqueviller sur ses certitudes. La béatification le 28 octobre à Rome, de 498 « martyrs » des Républicains espagnols est un véritable scandale. Un voile de honte jeté sur le message évangélique. Après l’autorisation de la peine de mort dans la catéchisme, après les interdictions en tout genre, après le pardon à Pinochet, après la béatification expresse de Balaguer, fondateur-gourou de l’Opus Dei, le Vatican n’en finit pas de donner au monde l’image d’un Eglise catholique qui condamne et interdit plus qu’elle n’annonce et donne à espérer.
Non seulement cette béatification monstre érige en martyrs des hommes et des femmes qui ont soutenu le régime sanglant du dictateur Franco, mais elle exclut délibérément des prêtres et des religieuses qui ont eux aussi payé de leur vie leur soutien à la démocratie, contre l’oppression.
On savait, depuis que Jean-Paul II avait accordé à l’Opus Dei le rang de
prélature personnelle, que cette « secte officielle » bénéficiait, à l’intérieur de l’Eglise, d’une influence considérable. Ce nouvel événement en constitue un preuve supplémentaire. Qui n’a cependant rien d’étonnant : plusieurs ministres de Franco étaient des membres éminents de « L’œuvre de Dieu »
A donner le titre de bienheureux à tout le monde et n’importe qui – comme pour la Légion d’Honneur en France – on va totalement décrédibiliser cet acte déjà peu compréhensible aux yeux de nombreux croyants.
>> A lire sur l’Opus Dei : L'Opus Dei : Enquête sur une Eglise au cœur de l'Eglise de de Bénédicte et Patrice Des Mazery

par Pascal Martineau publié dans : Eglise et religions
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Samedi 20 août 2005
Ca tournait à l’idolâtrie. Sans doute la mort d’un homme de la stature de Jean-Paul II ne peut-elle pas laisser indifférent. Mais l’émotion sincère, ou même la ferveur qui animaient les catholiques touchés par le décès du pape, a parfois tourné à l’idolâtrie. Certains en étaient à espérer qu’il fût éternel. Dieu quoi ! Ou « demi-dieu » au moins.
D’autant que ce décès tant médiatisé faisait suite à un longue agonie qui a fait les choux gras des tenant d’un christianisme doloriste. Jean-Paul II aurait été un exemple de force morale contre la souffrance. Parce que succomber à la souffrance serait une marque de faiblesse, le signe d’un manque de foi ? Quel exemple que ce pape qui souffre en direct devant les caméras du monde entier ! Et chacun d’y aller de son commentaire sur un sourcil qui bouge, un rictus inhabituel, et même, juste après sa mort, sur la couleur que prenait chaque heure son corps sans vie !
Mais que penser de l’image que donne de notre Eglise ce macabre show médiatique ? Quelle image donnons-nous de notre Eglise quand certains sont tentés par une forme de déification d’un homme choisi, élu par d’autres hommes ? Qui peut croire que depuis quelques mois et encore plus de puis quelques semaines, c’est Jean-Paul II qui gouverne l’Eglise ? On sait l’influence de la Curie romaine sur un pape valide. On peut imaginer ce qu’elle fut sur un homme malade puis agonisant.
D'ombre et de lumière. Certes l’ancien prélat polonais a régné un quart de siècle. Un pontificat qui a marqué durablement l’Eglise et le monde. D’ombre et de lumière. Pèlerin infatigable, promoteur d’une foi joyeuse, Jean-Paul II a parcouru la planète pour y annoncer la Bonne nouvelle, sa bonne nouvelle parfois. Ses discours radicaux sur les méfaits du stalinisme d’une part, du capitalisme sauvage d’autre part, ont donné du baume au cœur à toutes celles et ceux qui se battent chaque jour pour une société plus juste, plus solidaire. Le souverain pontife a aussi pris des intiatives spectaculaires pour favoriser le dialogue entre les religions. Le pape a également joué un rôle indéniable dans la chute des régimes totalitaires de l’est de l’Europe. Chacun, enfin garde en mémoire cette image particulièrement prégnante de l’évêque de Rome s’entretenant intimement avec l’homme qui avait tenté de l’assassiné.
Mais, dans le même temps, le souverain pontife entretenait avec un homme comme l’ex général-dictateur Pinochet des relations plus qu’ambiguës. Il a aussi ponctué ses prises de paroles et ses nombreux écrits de considérations, voire d’injonctions, morales qui ont choqué nombre de nos contemporains. Sur l’avortement – ou même seulement de la contraception -, les divorcés remariés, ou encore l’homosexualité. Comment, s’agissant de l’avortement et de la contraception, accepter, au 20e siècle, qu’une Eglise dominée et dirigée pars des hommes, tienne un tel discours officiel sur un des aspects les plus intimes, les plus existentiels de la vie des femmes ? Qui peut croire qu’une femme comme Simone Veil, rescapée d’Auschwitz, n’a pas présenté sa loi sur l’avortement, animée par un sens moral aigu et une haute idée de l’être humain ? Quelle est la cohérence morale d’un discours qui condamne sans détour l’avortement et l’euthanasie mais tolère – jusque dans le catéchisme – l’idée même, totalement antichrétienne –« Tu ne tueras point » - de peine de mort ?
J’ai un jour interviewé l’abbé Pierre qui rentrait d’un pays d’Amérique latine où il avait rencontré un prêtre qui vivait dans un de ces innombrables bidonvilles qui existent sur ce continent. Le prêtre, confronté au quotidien aux grossesses imposées et au sida, avait dit en substance à l’abbé Pierre : « Quand vous verrez le Saint-Père, dites lui, qu’ici, ça ne passe pas, ça ne peut pas marcher » ! Chacun sait combien l’intransigeance papale à l’égard de tout moyen de contraception, y compris le préservatif, continue d’être mal perçue dans la pays pauvres, et en Afrique en particulier, continent ravagé par le sida.

Renouveau charismatique. Pour le militant d’action catholique que je suis enfin, la théologie « rigide » de Jean-Paul II a eu très souvent tendance à réduire le souffle si frais et si bouleversant du Concile de Vatican II. La place accordée au Vatican et dans les nominations d’évêques à l’Opus Dei ont eu raison de quelques-uns des espoirs nés avec Jean XXIII et Vatican II. La promotion – relayée par de nombreux évêques – du renouveau charismatique n’a en rien stoppé la désertification de nos églises. Elle a, la plupart du temps, incité nombre de chrétiens à une repli sur eux-mêmes, quand nous sommes appelés à être « au cœur du monde ».
Il faudra bien, un jour – au moment où j’écris ses lignes, le successeur de Jean-Paul II n’a pas été élu – réfléchir aux réformes à engager, pour donner de notre Eglise un image plus moderne, plus attentive à toutes les souffrances de note monde, pour la rendre plus démocratique, pour que les femmes puissent y exercer des responsabilités à égalité avec les hommes. Il nous faudra parler, sans honte, de l’ordination d’hommes et de femmes mariés, et sans hypocrisie de la sexualité des prêtres.
Sans doute le nouveau pape, quel qu’il soit, y contribuera. Mais l’Eglise, le peuple des chrétiens, c’est d’abord chacune et chacun de celles et ceux qui se reconnaissent dans la personne du Christ, fils de Dieu. Au delà de l’homme qui, aux yeux du monde en général et des médias en particulier, incarne l’Eglise, l’avenir de celle-ci dépend d’abord de nous. <
par Pascal Martineau publié dans : Eglise et religions
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Mardi 1 mars 2005
Le célibat vraiment choisi est signe. Une vie sexuelle épanouie aussiÇa fait partie des sujets « tabous » qui me tiennent à cœur. Quand arrêterons-nous de faire semblant de considérer que les prêtres, auxquels on demande de s'engager au célibat, ne sont pas, comme tout un chacun, des êtres sexués. Chacun connaît des prêtres qui vivent mal cette situation prétendument choisie. Je ne nie pas que le célibat puisse, pour certains, être un état totalement choisi. Mais il est illusoire et hypocrite de croire que c'est le cas de la grande majorité. J'ai lu il y a quelques années, le livre de Jacques Perotti (Un prêtre parle, éditions Filipacchi) qui fut le secrétaire particulier de l'abbé Pierre. Il y raconte la galère sentimentale et sexuelle vécue par les prêtres gays, qu'ils soient passés à l'actes ou pas. C'est un témoignage terrible ! Que de vies abîmées pour avoir voulu ne pas voir, ne pas écouter, ne pas comprendre. Mais pour avoir au contraire rejeté, ignoré, condamné. Sans compter ceux, et j'en ai connus, qui ont choisi de vivre leur amour au grand jour plutôt que cachés et ont été rejetés du jour au lendemain, y compris, parfois, par leur propre famille. Rien, dans les textes sacrés ne justifie une telle rigidité. Rien ne permet de dire qu'un prêtre sexuellement épanoui ne serait pas un aussi bon prêtre que s'il était resté célibataire. Personnellement, je suis même persuadé du contraire. Le célibat vraiment choisi est signe. Mais une vie sexuelle épanouie aussi. En revanche une abstinence subie ou une vie sexuelle cachée ne sont pas très « appelantes » pour les autres et très dures à vivre par les intéressés, avec, à l'extrême, les terribles dérives pédophiles que l'on connaît, ou, « à défaut », l'enfer de l'alcool. Dieu, je le crois profondément, veut que chaque homme et chaque femme vive heureux dans le respect des autres. Or, les chemins du bonheur sont multiples.

>> Article publié dans le numéro 505 de janvier-mars 2005 de la revue Les Cahiers de l'Atelier
par Pascal Martineau publié dans : Eglise et religions
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