Découvrez mon activité d'écrivain public agréé
Président de l'Academie des écrivains publics de France
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La première fois que j’ai vu, « en vrai », une femme recouverte d’une
burka, c’était dans le quartier populaire de l’Argonne à Orléans. Elle marchait dans la rue, à quelques pas derrière celui qui devait être son mari. L’image – la femme
couverte et la préséance de l'homme - m’est restée gravée fut et reste pour moi insupportable. Il y a quelque chose d’indécent et de violent même à se promener ainsi en public ou, pire, à obliger
quelqu’un à le faire. Quoi que l’on puisse dire de la liberté religieuse, on ne peut tolérer, dans notre société laïque et libre, que l’on réduise des êtres vivants – des femmes en l’occurrence –
à une telle indignité. Oui, je pèse mes mots. Si des femmes – puisque c’est un des arguments avancés par les partisans de la burka – se sentent menacées dans leur intégrité parce que l’on voit
leur visage, la solution de progrès ne peut être de les contraindre à le cacher. C’est la porte ouverte à toutes les régressions démocratiques. C'est notre société qui doit les protéger, pas un
morceau de tissu. Et même si certaines disent le porter par choix, il convient de ne pas s’y laisser prendre. Car je suis assez sensible à l’analyse d’Elisabeth Badinter qui assimile ce phénomène
à une dérive sectaire de l’islam, comme il en existe dans toutes les réligions. Or, demandez à un adepte de quelque secte que ce soit, il vous jurera toujours dur comme fer qu’il est totalement
consentant des sacrifices qui lui sont imposés. Il y a dans l’islam comme ailleurs des groupes tout à fait capables de procéder à des « bourrage de crâne » efficaces. Le pire est que
toute réponse à cette atteinte à la liberté de ces femmes risque de n'être pas satisfaisante. Voire même attentatoire à nos libertés collectives. C'est bien là un des buts poursuivis par les
extrémistes de tout poil qui par leurs actions, poussent les démocratie à restreindre ces libertés. Repensons à Matin Brun qui voit une société devenue totalitaire imposer la couleur
brune à l'ensemble des citoyens. Soyons assurés que ceux qui imposent aux femmes un tel acroutrement n'ont pas de la liberté et de la démocratie la haute idée que nous pouvons nous en faire.
Certes, « nous » avons contribué à créer les conditions de cette dérive en incitant des hommes et des femmes, exclus de notre citoyenneté à cause de leurs origines, la couleur de leur
peau ou leurs coutumes, à se réfugier dans les mirages d'une vision sécuritaire de l'islam.
Cependant, le pire serait de ne rien faire, de rester indifférents, de se voiler la face.
Il n'y a que la Jeunesse Ouvrière Chrétienne pour
continuer à réussir à tel pari. Samedi 2 mai, le mouvement créé en 1927 en France par le père Guérin a encore prouvé sa capacité à rassembler des milliers de jeunes de
milieux populaires. Inès Minin, la présidente de la JOC en a annoncé 26 000. Des lycéens, des étudiants, des jeunes
travailleurs, des blacks, des blancs, des beurs, des handicapés et des valides, des cheveux longs et de cheveux court dressés au gel béton, des calmes et des turbulents, des classiques et des
fashion victimes, des garçons avec des ceintures D&G portées bas, baba cool ou pattes d'eph' et des filles en robe courte ou en pantalon... La JOC a aussi réussi à réunir sur la pelouse du parc
paysager de La Courneuve des jeunes représentatifs de leur génération.
On sait le Vatican attaché à l'acharnement thérapeutique. Si ça continue, l'Eglise catholique
risque bien de devoir se l'appliquer à elle-même. Car au rythme où Benoît XVI multiplie des déclarations plus accablantes les unes que les autres, il va finir par donner le coup de grâce à
l'institution. Sa dernière bévue à propos du préservatif, prononcée sur un continent qui crève du Sida, a provoqué un tollé international. Il suffit de voir, par exemple, la campagne de soutien, menée par Madonna, au Malawi ravagé par le terrible virus pour se rendre compte de la gravité des propos du pape.
Même Alain Juppé y est allé de son commentaire assassin : « Ce pape commence à poser un vrai problème ». Jusqu'aux catholiques français qui commencent à l'avoir mauvaise. Selon
un sondage Ifop publié par le Journal du Dimanche, 43% d'entre eux souhaitent la démission de Benoît XVI.
C'est une histoire que j'ai souvent racontée. Un jour, journaliste
à Témoignage Chrétien, j'interviewais l'abbé Pierre dans son appartement-bureau de la petite couronne parisienne. Le fondateur d'Emmaüs me parlait de sa rencontre avec un prêtre des
favelas brésiliens qui lui avait dit, en substance : « Dites au Saint-Père (alors Jean-Paul II), quand vous le verrez, que ses discours sur la contraception, ça ne passe pas ici. Pour
se protéger du SIDA et des grossesses non désirées, les préservatifs sont indispensables ».
Si l'on avait des doutes sur la fin de Vatican II, il n'y a désormais plus aucune raison d'en avoir. Benoît XVI s'apprête en effet à lever
l'excommunication qui frappe la Fraternité sacerdotale Saint Pie X. Les intégristes schismatiques de Mgr Lefebvre
avaient été exclus de l'Eglise catholique en 1988 par Jean-Paul II. L'un des quatre évêques ordonnés par le prélat rebelle a tenu mercredi 21 janvier sur une chaîne suédoise des propos
révisionnistes niant l'holocauste juif. Ce sont ces chrétiens-là, souvent proches de l'extrême-droite, opposés aux avancées fondamentales du concile de Vatican II que le pape Benoit XVI veut
ramener dans le giron du catholicisme. Si ces croyants d'un autre âge représentaient des légions entières de soldats de Dieu, on pourrait comprendre la complaisance papale par des souci
démographiques. Mais ces gens-là sont extrêmement minoritaires. Quel est donc le sens de ce grand pardon, sinon la volonté du pape lui-même, comme il en a déjà donné des signes à plusieurs
reprises, de faire faire à l'Eglise toute entière un grand pas en arrière. Pour récupérer quelques brebis galeuses, Benoît XVI prend le risque de voir de nombreux chrétiens s'éloigner de cette
Eglise dans laquelle ils ne se reconnaissent plus.
Après avoir donné aux traditionnalistes le droit de célébrer la messe selon un rite antérieur à Vatican II (dans lequel, notamment, les prêtres tournent le dos aux fidèles), Benoît XVI en appelle à une « pacification des
esprits » avec les héritiers du schismatique Monseigneur Lefebvre. Comme si, depuis des décennies, c'étaient les franges les plus rétrograde de l'Eglise qui s'en éloignaient !
Petit à petit, dans le sillage de Jean-Paul II (rédempteur officiel du sulfureux Opus
Dei), l’Eglise catholique grignote les formidables changements que le Concile de Vatican II avait validés et permis. Pire, droit dans sa soutane, le pape campe sur ses positions les plus
rétrogrades : non à la communion des divorcés remariés, non aux unions homosexuelles, non au préservatif, non au mariage des prêtres, non à l’ordination de femmes, etc.
Ce qui ne remplit pas pour autant les églises et les séminaires. Il y a quelques années déjà, on avait tenté de nous faire croire que le succès du Renouveau charismatique allait redonner des forces à l’Eglise. Force est de constater que cette conception d’une
vie chrétienne assez repliée sur elle-même plutôt qu’engagée au cœur du monde a fait long feu. La crise des vocations perdure et les assemblées dominicales sont toujours aussi parsemées. La
hiérarchie de l’Eglise catholique ressemble de plus en plus à ces groupes minoritaires qui, acculés à une désaffection grandissante, ont plutôt tendance à s’arcbouter sur des dogmes plutôt qu’à
ouvrir grandes les fenêtres.
Deux articles anciens que j'ai écrits sur le même sujet :
>> Sexualité : la rigidité morale de l'Eglise
>> Jean-Paul II
L’Eglise catholique n’en finit pas de se recroqueviller sur ses certitudes. La béatification le 28 octobre à Rome, de 498 « martyrs » des Républicains espagnols est un véritable scandale. Un voile de honte jeté sur le message évangélique. Après l’autorisation de la peine de mort dans la catéchisme, après les interdictions en tout genre, après le pardon à Pinochet, après la béatification expresse de Balaguer, fondateur-gourou de l’Opus Dei, le Vatican n’en finit pas de donner au monde l’image d’un Eglise catholique qui condamne et interdit plus qu’elle n’annonce et donne à espérer.
Non seulement cette béatification monstre érige en martyrs des hommes et des femmes qui ont soutenu le régime sanglant du dictateur Franco, mais elle exclut délibérément des prêtres et des religieuses qui ont eux aussi payé de leur vie leur soutien à la démocratie, contre l’oppression.
On savait, depuis que Jean-Paul II avait accordé à l’Opus Dei le rang de prélature personnelle, que cette « secte officielle » bénéficiait, à l’intérieur de l’Eglise, d’une influence considérable. Ce nouvel événement en constitue un preuve supplémentaire. Qui n’a cependant rien d’étonnant : plusieurs ministres de Franco étaient des membres éminents de « L’œuvre de Dieu »
A donner le titre de bienheureux à tout le monde et n’importe qui – comme pour la Légion d’Honneur en France – on va totalement décrédibiliser cet acte déjà peu compréhensible aux yeux de nombreux croyants.
>> A lire sur l’Opus Dei : L'Opus Dei : Enquête sur une Eglise au cœur de l'Eglise de de Bénédicte et Patrice Des Mazery
Ça
fait partie des sujets « tabous » qui me tiennent à cœur. Quand arrêterons-nous de faire semblant de considérer que les prêtres, auxquels on demande de s'engager au célibat, ne sont
pas, comme tout un chacun, des êtres sexués. Chacun connaît des prêtres qui vivent mal cette situation prétendument choisie. Je ne nie pas que le célibat puisse, pour certains, être un état
totalement choisi. Mais il est illusoire et hypocrite de croire que c'est le cas de la grande majorité. J'ai lu il y a quelques années, le livre de Jacques Perotti (Un prêtre parle, éditions
Filipacchi) qui fut le secrétaire particulier de l'abbé Pierre. Il y raconte la galère sentimentale et sexuelle vécue par les prêtres gays, qu'ils soient passés à l'actes ou pas. C'est un
témoignage terrible ! Que de vies abîmées pour avoir voulu ne pas voir, ne pas écouter, ne pas comprendre. Mais pour avoir au contraire rejeté, ignoré, condamné. Sans compter ceux, et j'en ai
connus, qui ont choisi de vivre leur amour au grand jour plutôt que cachés et ont été rejetés du jour au lendemain, y compris, parfois, par leur propre famille. Rien, dans les textes sacrés ne
justifie une telle rigidité. Rien ne permet de dire qu'un prêtre sexuellement épanoui ne serait pas un aussi bon prêtre que s'il était resté célibataire. Personnellement, je suis même persuadé du
contraire. Le célibat vraiment choisi est signe. Mais une vie sexuelle épanouie aussi. En revanche une abstinence subie ou une vie sexuelle cachée ne sont pas très « appelantes » pour les autres et
très dures à vivre par les intéressés, avec, à l'extrême, les terribles dérives pédophiles que l'on connaît, ou, « à défaut », l'enfer de l'alcool. Dieu, je le crois profondément, veut que chaque
homme et chaque femme vive heureux dans le respect des autres. Or, les chemins du bonheur sont multiples.
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