Découvrez mon activité d'écrivain public agréé
Président de l'Academie des écrivains publics de France
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Petite et très instructive leçon d'histoire signée Bernard Guetta, vendredi 3 décembre 2010 sur France Inter, dans sa chronique Géopolitique. Quand les écrits de quelqu'un d'autre exprime si bien son propre point de vue.
Rien ne paraît plus simple que cette nouvelle crise ivoirienne. D’un côté, un opposant, Alassane Ouattara, qui a remporté, avec plus de
54% des voix, le second tour de la présidentielle de dimanche dernier ; de l’autre, un président sortant, Laurent Gbagbo, qui refuse de reconnaître ce résultat, déclaré invalide par un Conseil
constitutionnel que ses partisans contrôlent.
La démocratie est violée. L’armée a fermé les frontières. La Côte d’Ivoire danse sur un volcan tandis que les Nations-Unies, organisatrices de ces élections, dénoncent ce coup de force et menacent de prendre des sanctions économiques. La vérité de l’instant est qu’il y a, d’un côté, le droit que défend la communauté internationale et, de l’autre, un perdant que défend l’armée mais, derrière cette vérité, il y en a d’autres, autrement plus complexes et dérangeantes.
La première est que très peu des pays sortis après guerre des anciens empires coloniaux ont pu se stabiliser dans la démocratie. Pillés et non pas développés par des puissances coloniales qui ne se souciaient pas, contrairement à leurs proclamations, d’y exercer une « mission civilisatrice », ces pays ont accédé à l’indépendance avec un nombre de cadres restreint, un bas niveau d’éducation et des forces politiques incapables de structurer un échiquier démocratique pour la bonne raison qu’elles avaient été constamment réprimées.
Beaucoup des plus brillants enfants des anciennes colonies ont ainsi choisi d’aller faire leur vie ailleurs, poussés à l’exil par l’impéritie de
régimes dictatoriaux ou l’autoritarisme de despotes déclarés. Cela choquera mais force est de constater que le post-colonialisme n'aura jamais été aussi séduisant que sous le colonialisme et que
l’exigence démocratique qui a fini par s’exprimer dans ces pays et que les Occidentaux appuient depuis la fin de la Guerre froide a rarement débouché sur de vrais résultats.
Comme partout, l’aspiration aux libertés est forte dans les pays décolonisés mais, faute de vraies traditions politiques et de partis forts, les processus électoraux y ont plus souvent conduit à des confrontations ethniques qu'à des alternances ordonnées. On redécouvre aujourd’hui que, soucieux de diviser pour régner, les colonisateurs avaient tracé des frontières qui ne respectaient pas celles des peuples et que les Etats qu’ils ont laissés derrière eux restent fragiles car ils sont des patchworks et non pas des Etats nations.
C’est de tous ces handicaps que la crise ivoirienne est faite. Depuis la mort, en 1993, du despote éclairé qu’avait été Félix Houphouët-Boigny, elle n’a jamais trouvé de stabilité. Les antagonismes ethniques s’y sont réveillés et les deux hommes arrivés au second tour de dimanche sont marqués par les tourments de l’histoire africaine. Laurent Gbagbo, c’est l’ancien opposant marxisant à Félix Houphouët-Boigny qui a oublié la liberté en arrivant au pouvoir et continue de pourfendre le néo-colonialisme. Alassane Ouattara, c’est le brillantissime exilé, devenu directeur général adjoint du FMI et rêvant d’une Afrique qui, comme l’Asie, enfanterait jeunes dragons et nouvelles puissances. Pour l’heure, sa victoire lui est contestée et peut-être, volée.
Bernard Guetta
A
l'intiative du quotidien anglais The Guardian, cinquante-six journaux de quarante-cinq pays ont pris l'initiative sans précédent, à l'occasion de l'ouverture du sommet historique de
Copenhague, de parler d'une seule voix en publiant un éditorial commun.
Pourquoi Israël se plierait-il à une résolution des Nations Unies quelques jours après
avoir sciemment bombardé une école gérée par l’ONU, tuant quarante personnes ? Il y a longtemps que l'état hébreu passe outre les résolutions internationales… que l’ONU se garde bien, de
son côté, de faire appliquer, la communauté internationale, USA en tête, n’ayant jamais eu le courage, comme elle l’a pourtant fait dans de nombreux conflits, d’envoyer en Palestine des Casques
bleus.
En 2009 ? De la liberté d’abord. Cette valeur essentielle absente ou remise en cause un peu partout sur
notre planète, du Palais de l’Elysée au Zimbabwe en passant par Gaza, l’Irak et Pékin. La liberté. Pas celle de la « loi de la jungle » qui autorise à nier l’humain, par la guerre, la haine,
l’appât du gain, le chacun pour soi.
Celle qui donne à l’Homme le droit de s’exprimer et de vivre en paix avec autrui et avec tous les peuples et en harmonie avec notre planète. Celle qui donne le droit à l’Homme de se cultiver, de
penser, de créer, de désobéir, de refuser, de manifester, de proposer, de marcher à contre-courant, de dénoncer, d’apostropher, de rire.
A l’heure où le volcan israëlo-palestinien est à nouveau en furie mais aussi au moment le président Barak Obama entre en fonction aux Etats-Unis d’Amérique, je cite volontiers Martin Luther King
pour qui « la race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour ». Au risque de l’utopie, j’affirme
avec le pasteur noir américain que « la non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit ».
A tous et à chacun, je nous
souhaite donc pour 2009, un monde plus libre et beaucoup d’amour.
Thierry Esther, auteur de Liberté, la toile ci-contre, expose Galerie Médiart à Paris du 12 au 23 janvier et au bÔbar à Orléans du 16 janvier au 17 avril.
Une fois n'est pas coutume, je ne résiste pas à reproduire, sans commentaire, l'intégralité de la chronique matinale de Simon Tivolle, ce jeudi 27 novembre sur France Inter (à podcaster éventuellement sur le site de la radio).
Je ne sais pas si vous
avez entendu cette nouvelle : Bush gracie une dinde ! Au début, pour rigoler, je me suis demandé un moment si ça n'avait pas un rapport avec les frasques de Sarah Palin…
Ben non.
Et puis en réfléchissant…vraiment… ça fait un drôle d'effet de savoir que le président des Etats-Unis, qui a provoqué des dizaines de milliers de morts en Irak… a gracié une dinde.
Que celui qui a laissé griller sur la chaise électrique des dizaines d'hommes… a gracié une dinde.
Que le Commandant en chef de l'armée la plus puissante du monde, qui a défendu la torture et Guantanamo… a gracié une dinde.
Bien sûr, je sais, ça n'a rien à voir ! C'est une tradition depuis Lincoln : le président reçoit une dinde. Et depuis Truman, il la gracie. Obama fera pareil. Aux Etats-Unis, ça fait partie de
ces coutumes que nous avons du mal à apprécier, à l'occasion de la fête de Thanksgiving.
Thanksgiving, qu'on traduit en français par la fête de l'Action de Grâce…
Indiens. C'est encore une
affaire de puritains à la sauce américaine. En 1620, les premiers pèlerins meurent de faim. L'année d'après, des Indiens les aident à se nourrir, et pour les remercier les Blancs les invitent à
manger. C'est le premier Thanksgiving. Comme par la suite les Indiens seront exterminés, l'histoire officielle n'a retenu que le remerciement à Dieu pour des récoltes abondantes…
Et du coup, ce sont les dindes… qui trinquent ! Aujourd'hui, pas moins de cinquante millions de dindes vont passer à la casserole ! Oui, cinquante millions ! Thanksgiving,
le quatrième jeudi de novembre, est un jour férié aux Etats-Unis. Les bestioles sont dégustées en famille. Dinde farcie avec de la sauce aux airelles, et une tarte à la citrouille.
Culs-bénis. Bush gracie la dinde… la dinde glougloute…et ils sont nombreux les dindons de la farce… Au pays des culs-bénis de tous poils, aujourd'hui le président Bush va
également remercier Dieu pour les bonnes récoltes… De l'humour, sans doute, alors que la dépression économique gagne la planète.
Et demain, après Thanksgiving, commencent les soldes !
Le vendredi, début de la période des achats de Noël, est sans doute le jour de plus grande activité commerciale de l'année, on l'appelle d'ailleurs le vendredi noir, le Black Friday. Avec la
crise, on annonce des déstockages massifs… dès l'aube, il y aura la queue devant de très nombreux magasins…
Dans sa grande clémence, avant de gracier une grosse dinde, George W a promulgué une loi qui prolonge les indemnités de chômage pendant la période des fêtes. Sympa. De plus, 16 000
propriétaires incapables de rembourser leurs prêts immobiliers ont appris qu'on ne peut pas les mettre à la porte… jusqu'au 9 janvier. Un soulagement de courte durée - juste pour laisser croire
aux enfants que le Père Noël existe toujours.
Pioupious. En 2003, le
président Bush était allé en Irak manger de la dinde avec les pioupious américains qu'il avait envoyés sur place quelques mois plus tôt. Il voudra peut-être faire la même chose, demain, cinq
ans après… Pas sûr que les dindes, les pioupious et les Irakiens lui disent merci.
En Caroline du Nord, un malfrat a essayé de voler une voiture sur un parking… Pas de chance, un homme est intervenu et a assommé le voleur… à coup de dinde congelée !
Celle-là, au moins, elle a servi à quelque chose ! Bush a bien fait de ne pas la gracier !
Apprenant ce matin par la radio que Barack Obama venait d'être élu président des Etats-Unis d'Amérique, je me précipite sur la
télécommande de ma télévision, impatient de voir les images de cette victoire.TF1, France 2, France 3, Arte (même Arte !), M6 : rien, nada, si ce n'est les habituels dessins animés niais et les
insipides soap opéra du mercredi matin. Sans doute les journaux du matin avaient-il longuement évoqué cet événement. Mais on aurait pu attendre des éditions spéciales à la hauteur de ce moment
historique. Cité par Le Monde, Frédéric Martel, auteur de De
la culture en Amérique (Gallimard, 2006), parle de « 11-Septembre à l'envers ». Ce jour-là, toutes les télévisions du monde – y compris en France – s'étaient mises en quatre
pour relayer ce terrible attentat, jusqu'à l'écoeurement. L'élection de Barack Obama est – en positif – un événement aussi considérable pour le monde que la destruction des twin towers.
Mais le positif, c'est bien connu, ça ne paye pas.
Il pouvait gagner, il devait gagner, il a gagné. Le
quadragénaire métis Barack Obama est devenu le 44e président des Etats-Unis d'Amérique. Une victoire sans appel, totale, qui, quarante
ans après l'assassinat du pasteur Martin Luther King apparaît comme une formidable revanche de l'histoire. Un événement digne de l'élection, en 1994, de Nelson Mandela à la tête de l'Afrique du Sud libérée de l'apartheid. Dans un pays qui a connu la traite des Noirs,
l'esclavage, le Ku Klux Klan et la ségrégation raciale, l'élection de Barak Obama, qui a
encore une grand-mère au Kenya, est une véritable révolution. Un ami, métis lui aussi, me disait ce matin : « Je suis fier d'être noir ». Et moi de lui répondre, tout à ma joie :
« Je suis fier de l'humanité ». Les nombreux reportages sur tous ces citoyens noirs se rendant aux urnes radieux et déterminés avait quelque chose de jubilatoire. Cité par
Le Monde, Frédéric Martel, auteur de De la culture en
Amérique (Gallimard, 2006), parle de « 11-Septembre à l'envers ».
Peine capitale. Avec d'autres sans doute aussi, j'attends de cet homme de progrès ,de ce
citoyen universel, de ce président multicolore qu'il révise ses opinions sur la vente des armes et surtout sur la peine de mort. On peut penser – espérer - que la position officielle d'Obama sur ce
sujet est d'abord dictée par des raisons électoralistes tant il semble impossible d'être aujourd'hui président des Etats-Unis tout en étant ouvertement contre la peine capitale. Une pratique qui
continue de classer les USA dans le camps des pays barbares. On peut légitimement croire que l'humaniste Obama, qui se réclame de Martin Luther King, est, au fond de lui, abolitionniste. Pour
tout cela, ça va être très dur d'attendre le 20 janvier, date officielle d'entrée en fonction du nouveau président de « la plus grande démocratie du monde ».
Crac, boum, hue ! Krach… boum
?. A l’origine du cataclysme financier international en cours, l’économie virtuelle est en train de créer la « crise virtuelle ». Car s’il est indéniable que le
système capitalisme dérégulé est en crise, les gesticulations politico-médiatiques de certains semblent ajouter de l’huile sur le feu. Reste que pour des millions d’Américains aujourd’hui et pour
de nombreux autres peuples dans les jours et les semaines qui viennent, on est passé du virtuel de la finance au réel de l’économie. « Le plus grave est encore devant nous » affirmait le
socialiste Michel Sapin, ce mardi 7 octobre sur France
Inter. Et si l’on sent bien que la situation est dramatique, il est pour l’instant difficile, en ce qui me concerne, de mesurer quelles seront les conséquences de tout ce
chambardement sur notre vie quotidienne et en particulier sur les hommes et les femmes les plus vulnérables de notre pays et de notre planète. Face à cette avalanche quotidienne d’informations plus
alarmistes les unes que les autres, et malgré mon optimisme naïf, j’ai de plus en plus de difficulté à ne pas craindre le pire. La tristement célèbre « crise de 29 » est dans tous les commentaires.
Elle fut terrible pour l’ensemble du monde.
Au royaume de la bagnole, le gâchis est roi. Ce jeudi matin sur France
Inter, Patrick Grivaz jubilait totalement à la perspective du premier grand prix de Formule 1 en nocturne, qui va avoir lieu à Singapour le 28 septembre prochain. Selon Wikipédia, «
l’intérêt est de permettre aux téléspectateurs européens de la suivre à une heure raisonnable et d'atténuer l'influence du climat tropical sur les hommes et la mécanique ».
C’est toujours pareil. Quand les grands libéraux sont dans la panade, ils font les yeux doux à l’Etat providence. Limite même si ce dernier ne se fait pas engueuler
quand ça ne va pas assez vite. La crise des banques américaines est, de ce point de vue, un exemple criant de l’hypocrisie des grands pourfendeurs officiel de l’interventionnisme étatique. La loi
du marché va, directement ou indirectement, coûter 700 milliards de dollars aux contribuables de Georges Bush. Mais le phénomène n’est pas seulement américain, même s’il prend, outre atlantique,
comme toujours, des proportions astronomiques.
Ressources naturelles. De ce côté-ci de l’océan, nous avons régulièrement droit à des périodes de soudaine conversion au
culte de l’Etat providence de la part d’adeptes d’un autre dogme : le laisser-faire, la libre concurrence, le libre droit de piller les ressources naturelles ou de polluer. Il suffit de se
rappeler les réguliers appels au secours des patrons-pêcheurs (qui refusent par ailleurs que l’on limite leur droit de pêche au nom de la préservation des ressources halieutiques ou de la
solidarité avec les pays en voie de développement) ou des sociétés de transport routier (dont beaucoup voudraient bien qu’on applique à leurs chauffeurs le moins disant social de certains de
leurs concurrents européens et qui crient au loup quand la SNCF envisage des les concurrencer), ou encore des grands agriculteurs (qui envisagent avec horreur l’application du principe
pollueur-payeur). Et si, un jour, enfin, on les laissait se dépatouiller avec leur sacro-saint libéralisme ?
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